3 Questions à … Tarik Ghezali 

Tarik Ghezali, Président et Fondateur de la Fabrique du Nous, a accepté de répondre à nos questions.

Impact TankQuels sont les projets (association, initiative…) qui vous ont dernièrement le plus inspiré ?

TARIK GHEZALI – L’impact c’est améliorer de manière concrète et tangible la vie des gens. Dans leur quotidien, leur travail, leur santé, leur cadre de vie, leur relation aux autres et à la nature… Cela peut être infime ou bouleversant, mais il y a impact quand on peut dire qu’il y un effet positif qui peut être sinon mesuré, au moins raconté.  Soyons vigilants néanmoins à ne pas enfermer l’impact dans un techno-langage froid et abstrait… Tout le contraire des initiatives d’entrepreneuriat social et solidaire, tellement humaines et chaleureuses ! L’impact doit parler aussi de beau, d’émotions, de sensible, d’amitié et d’amour… Au fond, de tout ce qui a de la valeur mais pas de prix ! Sinon il restera une niche d’initiés au lieu de devenir le mouvement populaire qu’il peut et doit être… 

Impact Tank – Pour vous, c’est quoi avoir un impact positif ?

TARIK GHEZALI Plus que de parler des « licornes de l’impact » en devenir (et que je salue !), j’aimerai ici célébrer des initiatives légères et ingénieuses, qui génèrent un impact fort de lien social en « autorisant » les gens à révéler et réveiller leur humanité : on vit dans un monde de défiance et de repli, où se parler, se rencontrer et faire ensemble quand on « n’est pas pareil » ne va pas du tout de soi ! Avec à la clé solitudes, tensions, ghettos, déterminisme social.  

J’aime les initiatives qui cassent cela, et notamment celles portent en elles une grande force symbolique de récit, par l’histoire qu’elles racontent. Je pense aux pianos dans les gares, aux bancs « happy to chat » (parti de Cardiff aux Pays de Galles et diffusé dans le monde), aux « Bureaux du Cœur » (à Nantes) où des patrons partagent leurs bureaux vides avec des sans-abris le soir et le weekend notamment ; à « Place du dialogue » qui provoque du débat improvisé sur les places publiques ; à toute ce que développe le Social Bar ; aux interventions dans l’espace public d’artistes comme Dan Acher (voir par exemple le très beau Touch’n’Danse) ; à l’association « Parents Vacances » qui transforme des résidences secondaires en résidences solidaires (vacances pour  personnes précaires) ou encore à Eau-Rizon une initiative que nous avons fait émerger sur Marseille où des propriétaires privés de piscine les rendent accessibles bénévolement à des jeunes de quartiers en difficulté pour qu’ils apprennent à nager (avec des maîtres-nageurs rémunérés). Des initiatives souvent « sobres » en financement mais très riches en humain !  

A chaque fois, quand on crée le désir, la confiance, qu’on rend cela simple et « sécure », on voit le miracle de la fraternité surgir ! Les individus abandonnent leur méfiance, révèlent leur pleine humanité, et n’ont plus envie de revenir en arrière… Imaginons cela à grande échelle, le monde qui se transforme corps à corps, coeur à coeur : la fraternité est un virus positif contagieux, contre lequel personne n’est immunisé !  

Impact Tank – Qu’est-ce que l’entrepreneuriat social et pourquoi te considères-tu entrepreneur social ? 

TARIK GHEZALI  – Dans un monde d’angoisses permanentes (covid, climat, guerre, violences, terrorisme, etc), amplifiées par les médias et réseaux sociaux, l’entrepreneur(e) social(e) est celui ou celle qui se lève et dit « il n’y a pas de fatalité, que des renoncements ; le souhaitable est encore possible ! » C’est un(e) entrepreneur(e) qui veut réenchanter le monde ! 

Souvent la tête dans les nuages mais les pieds bien dans la glaise, il ou elle se vit d’abord dans l’action. En prenant à bras le corps les défis de la société et en « fabriquant » des solutions pérennes pour y répondre. Polyglotte, il sait parler à et embarquer à la fois les entreprises, les administrations et les citoyens.

En un mot : c’est le plus beau métier du monde ! Et plus que jamais nécessaire.

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L’innovation sociale par la preuve