3 questions à : Olivier de Guerre

Olivier De Guerre, Président de Phitrust, a accepté de répondre à nos questions !

 

Impact TankQuels sont les projets (association, initiative…) qui vous ont dernièrement le plus inspiré ?

Olivier de Guerre – Nous sommes chez Phitrust entourés de projets inspirants que nous finançons et accompagnons ! La Varappe par exemple. Une association à l’origine, devenue un des groupes d’insertion par l’activité économique les plus importants en France. En 30 ans, La Varappe a permis à près de 90 000 personnes de jouer leurs rôles dans la société. Le groupe innove en permanence avec des programme comme « Aller Vers » pour chercher notamment les jeunes des quartiers nord de Marseille, ou « You go girls » destiné aux jeunes femmes en difficulté des quartiers prioritaires. La Varappe a noué des partenariats avec des grands groupes comme Vinci et défend l’idée que chaque entreprise doit relever l’enjeu de l’inclusion. Inspirant non ? Autre exemple avec Reporters d’espoir qui promeut un journalisme positif dont nous avons tant besoin ! Inspirer, montrer que c’est possible d’agir à travers des exemples concrets d’hommes et de femmes qui s’engagent, sensibiliser les journalistes tellement nourris de nouvelles déprimantes ! Là aussi le chantier est enthousiasmant.   

  

 

Sur notre pôle engagement actionnarial, nous avons aussi des initiatives inspirantes : les Science Based Targets (SBT – la seule initiative fixant des objectifs fondés sur la science) est l’une d’entre elles. Elle se donne pour but de piloter une « action climatique ambitieuse » dans le monde de l’entreprise, en faisant de ses objectifs un moyen pour ces dernières de faire de la transition vers une économie bas carbone un avantage compétitif. Après, dès 2011, le premier dépôt de résolution environnementale chez Total en France, Phitrust a choisi dès 2017, les SBT pour questionner chaque année les sociétés du CAC40 sur leur adhésion. Tous les investisseurs peuvent agir concrètement, chacun à leur niveau, auprès des entreprises qu’ils ont dans leurs portefeuilles en votant aux AG et en s’engageant sur le long terme. Investir c’est agir ! C’est ce que nous faisons depuis près de 20 ans. 

Impact Tank – Pour vous, c’est quoi avoir un impact positif ?

Olivier de Guerre Aujourd’hui le mot impact est devenu le « must to have » pour les gérants de fonds. On peut avoir de l’impact de multiples façons, en créant des emplois, développant une solution tech révolutionnaire pour l’environnement ou encore en agissant dans l’économie circulaire. Tout dépend ensuite de l’impact qu’on veut avoir. Chez Phitrust, nous plaçons, l’inclusion au cœur du modèle d’investissement, partant du principe qu’on ne peut séparer enjeux environnementaux et sociaux. Ainsi Lemon Tri qui trie et transforme les déchets du secteur tertiaire a développé une filière d’insertion par l’activité économique. C’est donc un double impact environnemental et social ! La finalité sociale amène les dirigeants des entreprises de nos portefeuille à arbitrer systématiquement en faveur de l’impact, quitte à ce que la rentabilité financière soit moindre. Avoir un impact positif, c’est bien prendre en compte toutes les dimensions de l’impact et arbitrer en fonction de ce dernier, sur un temps long. Cela revient aussi à se poser la question de l’utilité sociale et environnementale des innovations. Que ce soit en tant qu’actionnaire d’entreprises cotées en bourse ou non, nous avons la responsabilité de pousser ces dernières à avoir un impact positif ! Nous disposons tous collégialement d’un formidable effet de levier. 

Impact Tank En quoi les ONG peuvent-elles être une source d’innovation sociale et d’inspiration pour les politiques publiques internationales ?

Olivier de Guerre Cette année, nous passerons le seuil de 8 milliards d’êtres humains sur Terre. Il y en a autour de 680 millions qui vivent dans l’extrême pauvreté. Il y en a aussi plus de 300 millions qui ont des besoins humanitaires, c’est-à-dire qu’ils sont face à une situation de crise et ont besoin d’aide pour survivre. Or face à ces besoins il y a toute une série de choses que les États ne peuvent ou ne veulent pas faire par eux-mêmes, ce parce qu’ils ont des contraintes diplomatiques, parce qu’ils ont un agenda en lien avec la défense de leurs propres intérêts, parce qu’ils font face à des acteurs qui sont sur des lignes politiques radicalement différentes des leurs, parfois des autorités de facto qu’ils ne reconnaissent pas en tant qu’interlocuteurs légitimes… Pour arriver à agir malgré tout, on a bien sûr besoin des acteurs indépendants que sont les ONG, et des organisations multilatérales comme les agences des Nations unies. Et cette situation nous donne évidemment beaucoup de responsabilités.  

Mais au-delà de ce rôle d’acteurs de terrain, les ONG ont en effet une capacité à influencer les États et les institutions, et beaucoup se joue à ce niveau.  D’abord, au regard des besoins que je mentionnais, les budgets de l’aide humanitaire et de l’aide au développement restent aujourd’hui trop restreints, et portés par un trop petit groupe d’Etats donateurs. Ensuite, il est essentiel de nous assurer que ces budgets sont principalement fléchés vers les personnes les plus vulnérables, vers les Etats les plus fragiles. Au-delà des considérations budgétaires, les enjeux d’accès universel aux besoins essentiels supposent aussi des changements systémiques : le système alimentaire mondial, la gestion de l’eau, l’accueil des réfugiés, la décarbonation de nos modes de vie, l’égalité des genres… Sur ces sujets fondamentaux les ONG remplissent leurs rôles d’acteurs de la société civile, engagés pour que celles et ceux dont on n’entend pas assez la voix soient pris en compte par les Etats. 

Les Etats et institutions peuvent enfin jouer un rôle clé pour soutenir les innovations les mieux adaptées aux contextes de crise : ils sont aux premières loges pour voir un projet émerger et se dire “OK ce projet-là va marcher ici, donc je vais aider à le faire grandir”. Puis le projet peut s’exporter ailleurs, et petit à petit on aura réussi à créer une nouvelle norme ou une nouvelle façon de faire, dans les contextes instables et souvent dangereux dans lesquels on opère. Un exemple parmi beaucoup d’autres : l’entreprise Nutriset et son réseau d’usines locales qui produisent depuis plus de 25 ans des aliments adaptés aux populations souffrant de malnutrition. Largement soutenue par les budgets de l’aide alimentaire d’urgence, l’entreprise a pu créer un vrai standard, et contribuer à sauver des millions de vie. 

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