Par Impact Tank | 3 questions à... | 06/14/2022

3 questions à : Bayram Tayari

Figure de l’entrepreneuriat social et originaire de Marseille, l’engagement de Bayram Tayari auprès des demandeur.euses d’emploi et des sans-abris lui a valu sa place dans la liste des Top Voices Linkedin France 2020.

Interrogé par l’Impact Tank, le fondateur du mouvement #1semaine1cv a répondu aux questions de Mélissa Aksil et Eva Dérand, respectivement chargée d’études et chargée de communication à l’Impact Tank.

I. Parle-nous de toi

Mélissa Aksil – D’où viens-tu et qu’est-ce qui t’a amené à devenir Top Voices Linkedin ?

Bayram Tayari Actuellement je suis électricien de la fonction publique. Dans le passé, ma recherche d’emploi a été très compliquée, et ça m’a donné une envie de revanche. Je ne trouvais pas normal que quelqu’un ayant fait des études doive faire tous ces efforts pour finalement ne pas trouver, et surtout ne pas savoir comment chercher. J’ai personnellement un niveau BTS électronique. C’est incroyable que quelqu’un qui ait fait des études ne sache pas chercher du travail. On n’est pas formé pour ça et il est là le problème. Je me suis ainsi dit que le jour où je trouverai un travail, la première cause que je souhaiterais servir ce serait d’aider les personnes en recherche d’emploi. Quand quelque chose te touche c’est plus facile de s’engager par la suite.

J’ai fini par trouver un emploi et à côté de ça je me suis lancé dans l’entrepreneuriat. On a créé une application de rencontre avec des associés mais ça a été un échec parce que ça ne me parlait pas. Quand j’ai échoué, je me suis rappelé que je m’étais fait cette promesse d’aider des gens en difficulté et j’avais une communauté qui pouvait me servir. Donc ça aurait été dommage de tout arrêter, et j’ai voulu donner ma visibilité à ceux en recherche d’emploi.

Suite à ça, mon frère m’a dit qu’il me verrait bien sur LinkedIn. Il trouvait que je savais bien parler, faire du storytelling. Moi je suis plutôt manuel, plutôt direct, tout ce qui est réseaux sociaux ce n’est pas fait pour moi, mais je me suis quand même lancé. Les gens ont accroché et petit à petit j’ai commencé à avoir une communauté. Au bout d’un an de travail, j’ai commencé à avoir de la visibilité. J’avais 7000 abonnés, 3000-4000 vues environ. À ce moment-là je me suis dit que c’était l’occasion de tenir la promesse que je m’étais faite d’aider les personnes qui cherchent un emploi.

J’ai lancé mon premier mouvement « #1semaine1CV », qui est reconnu sur LinkedIn et qui commence à être connu en dehors du virtuel, et le mouvement a cartonné. Le but de ce mouvement, c’est de donner de la visibilité à une personne qui cherche un travail en partageant son CV. Avant de partager un CV il y a un coaching sur mesure, on va échanger avec la personne, lui donner des conseils…On est une équipe de 14 personnes : 7 diffuseurs de CV et 7 coachs. On n’a aucune structure, ni association, ni entreprise. On est un mouvement libre. J’ai fait ce choix pour dire aux gens que lorsqu’on veut agir, on n’est pas obligé d’être bénévole, même s’il en faut bien sûr. Quand tu passes à côté d’un sans-abri, tu n’es pas obligé d’être bénévole dans une association pour lui acheter à manger. Quand tu passes sur une plage, si elle est sale, tu n’es pas obligé d’être bénévole dans une association pour la nettoyer. On peut être engagé sans structure.

Ensuite j’ai lancé « On Lâche Rien », qui est un mouvement qui consiste à faire des maraudes pour rencontrer les sans-abris, leur proposer un coaching pour leur réinsertion professionnelle. On a réussi à sortir 2 personnes de la rue pour l’instant. C’est assez compliqué en ce moment donc on a mis le projet en stand-by.

Je suis aussi le manager du mouvement « Coiff in the Street » et ambassadeur de l’association « Toit à Moi », une asso qui grâce à des dons achète des appartements un peu partout en France pour loger un sans-abri. Il y a aussi la partie réinsertion sociale, professionnelle, coaching pour le réintégrer dans la vie sociale et lui permettre de trouver un travail.

II. Trois questions à… Bayram Tayari

Eva Dérand – Quels sont les projets qui t’ont le plus inspiré dernièrement ?

Bayram Tayari Un projet qui m’a toujours inspiré c’est « Coiff in the Street ». Maintenant je suis ambassadeur du mouvement mais à la base je ne connaissais pas du tout, je regardais juste des vidéos sur Youtube et je voyais un coiffeur qui faisait des maraudes, qui proposait à des sans-abris de les coiffer gratuitement et je me suis dit que c’était super. Après, honnêtement, je ne peux pas donner un seul projet. Il y a tellement de projets qui me donnent envie de continuer mon engagement. C’est un tout. Même les médias positifs, les médias dans le social, ce que vous faites à l’Impact Tank etc. Tout ça m’inspire à continuer mon petit chemin. Quand l’Humain passe avant tout ça m’inspire et ça me donne envie de continuer.

Eva Dérand Pour toi, qu’est-ce que ça veut dire « avoir un impact positif » ?

Bayram Tayari Pour moi, un petit bonjour à un sans-abri c’est avoir un impact positif, parce que la majorité des retours quand tu es en contact avec ces gens-là, c’est qu’ils se sentent invisibles, qu’ils font « partie du trottoir ». Le fait de passer à côté, même sans lui donner une pièce, et juste lui dire bonjour avec un sourire, ça c’est avoir un impact positif. Pour moi avoir un impact positif c’est changer quelque chose dans la journée d’une personne, par n’importe quel moyen. Une petite chose peut devenir grande. Je prends toujours l’exemple d’ « #1semaine1CV », ça a commencé juste par le partage d’un CV d’une personne qui m’a contacté. Et cette personne a trouvé un emploi grâce à ce petit geste. Ça ne me coûte rien du tout comme effort. Ça en est devenu un projet mais au début ça ne durait qu’une seconde : tu me contactes, tu m’envoies ton CV et je le partage.

Eva Dérand Pourquoi est-il important d’entreprendre dans l’intérêt de tous.tes ?

Bayram Tayari Peu importe le projet que tu as en tête, c’est important qu’il y ait un sens, un côté humain derrière. Il faut toujours donner un sens humain à tout ce qu’on fait. Pendant le Covid c’est grâce aux associations que la France a tenu debout (distribution de nourriture etc.). Même si on recherche le profit, il faut un sens humain. Chacun doit s’engager à quelque chose qui le touche.

Les Intervenant.e.s

Bayram Tayari

Fondateur de #1semaine1cv

Mélissa Aksil

Chargée d’études – Impact Tank

Eva Dérand

Chargée de communication – Impact Tank

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